«Corneille traduit en opéra! dit Scribe dans l'Avertissement, quelle impiété littéraire!
«Les messieurs qui, de nos jours, ont affiché le plus de mépris pour nos grands auteurs classiques vont, comme tous les faux dévots, crier le plus haut à la profanation.
«J'ai fait pour une tragédie de Corneille ce que nos pères avaient fait pour une tragédie de Racine: l'Iphigénie en Aulide, traduite en opéra, a fait connaître à la France une des plus belles partitions de l'immortel Gluck.
«Ensuite, et s'il est vrai, comme l'attestent nos plus illustres compositeurs, que la musique veuille avant tout des passions et des effets dramatiques, et que l'opéra le meilleur soit celui qui présente le plus de belles situations, on concevra sans peine que tous les ouvrages de Corneille doivent offrir, comme ils offrent en effet, de magnifiques sujets d'opéra!
«J'aurais voulu respecter et conserver intacts tous les vers de Polyeucte, mais la musique a des exigences auxquelles on doit se soumettre; de plus, il a fallu traduire les principaux morceaux, airs, duos, trios et finales, d'après la partition déjà faite du Poliutto, composé pour le théâtre de Saint-Charles, et défendu avant sa représentation par la censure de Naples.
«Si je me suis permis de supprimer les quatre confidents ou confidentes de Corneille, c'est que l'opéra doit mettre en action ce que la tragédie met en récit. Je n'ai hasardé, du reste, d'autres changements que ceux qui avaient été conseillés et indiqués avant moi, par Laharpe et par Andrieux.
«Quant au rôle du père et du gouverneur Félix, j'ai suivi l'idée donnée par Voltaire, qui désirait qu'à ce caractère pusillanime et peu digne de la tragédie, on substituât celui d'un zélé défenseur des divinités du paganisme; fanatique en sa croyance comme Polyeucte dans la sienne.»
La partition française des Martyrs est plus importante que celle de Poliuto.
«Donizetti y ajouta l'ouverture, presque tout le premier acte, à l'exception de la cavatine de Pauline, les airs de ballet, le morceau d'ensemble qui termine le deuxième acte, l'air de basse au troisième acte et le trio du quatrième acte.