1354. La || Deffense || dv Cid. || A Paris, || M.DC.XXXVII [1637]. In-4 de 28 pp., y compris le titre.
Le titre porte un fleuron qui nous paraît être celui de L. Maurry, de Rouen. Ce détail a son importance, parce qu'il prouverait que la Deffense du Cid aurait été écrite, sinon par Corneille lui-même, du moins sous son inspiration, par un de ses compatriotes.
Voici en quels termes M. Taschereau (Hist. de Corneille, 2e édit., p. 301) a parlé de cette pièce:
«Cette Défense du Cid, à laquelle il est fait allusion dans plusieurs des pamphlets dont nous aurons bientôt occasion de parler, notamment dans la Lettre apologétique du sieur Corneille (1637), est mentionnée t. I, p. lxxix, du Théâtre de Corneille, édit. de 1747, et t. V, p. 256, de l'Histoire du Théâtre-Français (par les frères Parfaict), et, avant cela, dans les Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres (voir t. XX, p. 88 et suiv.). Nous devons avouer qu'elle a échappé à toutes nos recherches, et nous ne l'avons même vu mentionner nulle part, de manière à croire que ceux qui en ont parlé aient été plus heureux que nous. Ainsi Niceron, qui, en citant la plupart des pamphlets publiés à l'occasion du Cid, donne exactement le nombre de pages de chacun de ceux qu'il cite, ne le fait pas pour la Défense du Cid, et, s'il en indique le format, c'est qu'en indiquant celui dans lequel furent imprimées toutes les autres pièces de cette discussion, il aura cru pouvoir donner comme une certitude une conjecture assez vraisemblable.»
Les recherches de M. Marty-Laveaux n'ont pas eu plus de succès que celles de M. Taschereau; mais du moins le savant éditeur a donné, d'après des notes manuscrites de Van Praet, une description assez exacte de la pièce (il indique cependant 32 pp. au lieu de 28). Nous avons eu la bonne fortune de trouver enfin un exemplaire de la Deffense du Cid à la bibliothèque Sainte-Geneviève (Y. 458 (1) Rés.), et, comme la même collection possède plusieurs autres pièces sur le Cid, qui n'ont été décrites que par Van Praet et qui ne sont nulle part ailleurs, nous croyons que cet exemplaire est celui que le célèbre bibliographe aura eu entre les mains.
Pour donner une idée de ce factum, nous en transcrivons fidèlement le début:
La
Deffense
DV CID.
Ces iours passez voyant paroistre vn liuret contre le sentiment commun, et contre l'approbation generale que tous les bons Esprits auoiēt dōnee à la Tragicomedie DV CID, et remarquant que ce liuret poussoit vne si foible voix qu'on empruntoit tous les Echos de la Gazette pour la faire mieux retentir, et que d'ailleurs il se presentoit hors de saison apres auoir souffert sans resistance que son ennemy fist la conqueste et triomphast de la creance de tout le monde: ie iugeay que son effet seroit pareil à celuy d'vne troupe de picoteurs qui n'osant affronter vn regiment le laissent libremēt passer pour venir fondre apres sur la queuë et se ruer sur le bagage. Et me sentant pressé par la clameur importune de ces Gazettons du Pont-Neuf pendant une semaine ne voyant point de iour à me mettre en colere contre eux mon despit s'auança iusqu'au liure que l'achetay tout indigné de ce qu'il troubloit le plaisir que l'auois eu à lire quelques Scénes DV CID, à l'ouuerture du premier feuillet ma veuë tomba sur ces mots AVX DESPENS DE L'AVTHEVR: certes pensay-ie en moy, cet esprit prognostique, comme vn fidele Almanach, l'euenement de son liure qui aura cours au despens de sa reputation. Et me mettant à lire pour entreuoir le dessein de l'Autheur dedans le cours de ses paroles. Ie fis iugement que cet œuvre estoit la descharge de sa melancolie, me persuadant par la suite de son discours que le grand esclat de l'ouurage fait pour LE CID, auoit produit sur l'ame de ce personnage ce que le Soleil fait quand il est joint à la canicule à l'endroit de nos corps qu'il desseiche et recuit, et faisant boūillir au dedans la melancolie, rend la ratte où elle se retire fort dure et importune. Ie le leuz donc en paix, et permis le libre cours à cet esprit qui se purgeoit, dont ie ne m'offensois non plus que des plaintes d'vn malade de qui le mal cautionne et excuse l'impatience, me promettant que cet homme seroit desormais bien gay apres auoir mis hors tant de mauuaises humeurs, ce qui me fait croire que ie pourrois par vne Response l'aborder seurement sans craindre son indignation, pensant bien qu'il n'y en pourroit plus auoir, ayant jetté tant de bile noire: En tout cas ie me suis persuadé qu'il ne sera pas plus mauuais à la recharge qu'à l'attaque, où son plus grand feu est employé. Et comme le grand zele qui l'anime à l'honneur des Poëtes luy a fait prēdre la plume, le desir de mettre paix entre deux combatans, me porte à en arrester le cours en luy monstrant tout doucement que sa veuë est préoccupée, et son organe vicie comme d'un fievreux à qui le vin semble amer à cause du fiel qui s'amasse sur sa langue et sur son palais. Des esprits plus auātageux que le mien eussent renuoyé son liure à la jalousie conceuë à l'encontre DV CID, comme vn effet naturel a sa cause propre, mais ie me suis volu efforcer d'auoir de luy de plus hauts sentimens, et croire quoy qu'à peine qu'vne grande ame comme la sienne ne se laisse pas toucher, ny mesme abborder par l'enuie qui est la plus basse de toutes les passions de l'homme, et le plus fort argument qu'il est esloigné de la vertu, puisque par elle le bien luy desplaist mesme en autruy, où il ne le peut contraindre à aucune subjection, mais en voulant le refuter, i'ay bien rencontré de l'obstacle, trouuant son ordre si confus qu'il offusque son dessein: Sa pēsee est de frapper sur celuy qui nous a fait parler François, cette belle Tragicomedie, mais n'y trouuant que peu ou point de prise il s'est fait de l'Autheur et du Traducteur vn seul objet de son mespris, les meslant confusément tous deux comme vn sujet vnique de la Satire qu'il en fait, mais par ce que l'ordre me plait, ie traitteray à part ce qu'il dit contre l'Autheur et separement, aussi les deffauts qu'il allegue contre son Traducteur faisant ainsi de ce discours deux parties sans obmettre pourtant la suite des cinq poincts où se reduit sa censure lesquels ie cite mot à mot:
1. Que le sujet n'en vaut rien.
2. Qu'il choque les principales reigles du Poëme Dramatique.
3. Qu'il manque de iugement en sa conduite.
4. Qu'il a beaucoup de meschans vers.
5. Que presque tout ce qu'il a de beautez sont empruntées.
De ces cinq articles, les trois premiers ne peuvent regarder que l'Autheur, le Traducteur n'y a point de part, il n'a qu'à ne deffendre des derniers où l'imposition qu'on luy fait est si legere qu'elle ne merite pas son courroux, vne moindre plume de beaucoup que la sienne pourra bien destourner le coup.