Ainsi cette Piéce divine,
Qui du grand Œdipe est couzine,
Et propre sœur de Stilicon,
(Piéces qu'on tient sans parangon)
Est trés-digne de sa naissance,
Et par l'agréable abondance
De mille beaux traits diférens,
Ne fait point tort à ses parens.
Le sujet d'Œdipe, emprunté à Sophocle et à Sénèque, avait été plusieurs fois remis à la scène avant Corneille, entre autres par les Italiens (Edipo, tragedia di Seneca, tradotta da Lodovico Dolce; in Vinegia, per Giambattista e Marchio Sessa, 1560, in-12;—Edipo, tragedia di Gio. Andrea dell' Anguillara; in Vinegia, per Dom. Farri, 1565, in-8; in Padova, per Lorenzo Pasquati, 1565, in-4;—Edipo Tiranno, tragedia di Sofocle ridotta in lingua volgare da Orfato Giustiniano; in Venetia, per Francesco Ziletti, 1585, in-4;—Edipo Tiranno, tragedia di Sofocle ridotta dalla greca nella toscana lingua da Pietro Angelio [detto il Bargeo]; in Firenze, per Bart. Sermatelli, 1589, in-8;—Edipo Re, tragedia di Sofocle, tradotta in lingua italiana da Girolamo Giustiniani; Venetia, per Sebastiano Combi, 1610, in-12;—Edipo, tragedia di Seneca tradotta, da Ettore Nini; in Venezia, per Marco Ginammi, 1622, in-8). Les Anecdotes dramatiques (Paris, 1775, 3 vol. in-8, t. IIe, p. 15) indiquent deux pièces françaises écrites avant Corneille sur le sujet d'Œdipe: l'une de Jean Prévôt (1605), l'autre de Nicolas de Sainte-Marthe (1614); mais ce renseignement est en tout cas inexact: nous ne connaissons pas l'Œdipe de Sainte-Marthe, qui n'est cité dans aucune bibliographie; quant à celui de Prévôt, il n'est pas de 1605, mais de 1614 (Les Tragedies et autres Œuvres poëtiques de Jean Prévost, advocat en la Basse-Marche; à Poictiers, chez Julian Thoreau, 1614, in-12).
Corneille ne s'arrêta pas à ces imitations modernes; il prit directement pour guides Sophocle et Sénèque, mais, dès qu'il eut commencé sa tragédie, il crut devoir faire de larges concessions à l'esprit de son siècle. Il s'éloigna ainsi de ses modèles et renonça volontairement à la simplicité, qui est le plus noble caractère du drame antique. Cette condescendance envers la mode ne manqua pas de séduire le parterre. Le nouvel Œdipe, représenté le vendredi 24 janvier 1659, eut un grand succès. Voici en quels termes Loret en rendit compte, dès le lendemain, dans sa Muze historique: