Contre ce sabotage, qui ne s'attaque qu'aux moyens d'exploitation, aux choses inertes et sans vie, la bourgeoisie n'a pas assez de malédictions.

Par contre, les détracteurs du sabotage ouvrier ne s'indignent pas d'un autre sabotage,—véritablement criminel, monstrueux et abominable on ne peut plus, celui-là,—qui est l'essence même de la société capitaliste;

Ils ne s'émeuvent pas de ce sabotage qui, non content de détrousser ses victimes, leur arrache la santé, s'attaque aux sources même de la vie… à tout!

Il y a à cette impassibilité une raison majeure: c'est que, de ce sabotage-là, ils sont les bénéficiaires!

Saboteurs, les commerçants qui, en tripatouillant le lait, aliment des tout petits, fauchent en herbe les générations qui poussent;

Saboteurs, les fariniers et les boulangers qui additionnent les farines de talc ou autres produits nocifs, adultérant ainsi le pain, nourriture de première nécessité;

Saboteurs, les fabricants de chocolats à l'huile de palme ou de coco; de grains de café à l'amidon, à la chicorée et aux glands; de poivre à la coque d'amandes ou aux grignons d'olives; de confitures à la glucose; de gâteaux à la vaseline; de miel à l'amidon et à la pulpe de châtaignes; de vinaigre à l'acide sulfurique; de fromages à la craie ou à la fécule; de bière aux feuilles de buis, etc., etc.

Saboteurs, les trafiquants, ô combien patriotes!—plus et mieux que Bazaine,—qui, en 1870–71, contribuèrent au sabotage de leur patrie en livrant aux soldats des godillots aux semelles de carton et des cartouches à la poudre de charbon; saboteurs, également, leurs rejetons qui, entrés dans la carrière paternelle avec au cœur le traditionnel bonnet à poil, construisent les chaudières explosives des grands cuirassés, les coques fêlées des sous-marins, fournissent l'armée de «singe» pourri, de viandes avariées ou tuberculeuses, de pain au talc ou aux féveroles, etc.[6]

[ [6] Autre et récent exemple de sabotage capitaliste:

Lors du Circuit de l'Est, il fut fait grand tapage, sous prétexte de sabotage d'aéroplanes. Il est superflu de décharger les révolutionnaires d'un tel crime. Ils ont en trop haute estime cette invention merveilleuse pour avoir songé à saboter un aéroplane… fût-il piloté par un officier.