Après enquête, il a été reconnu que le seul et unique saboteur des aéroplanes était un honnête commerçant… et patriote, comment donc!
On avait commandé à ce mercanti de l'huile de ricin de première qualité (utilisée pour le graissage des moteurs) et il livra, en remplacement, du sulforicinate d'ammoniaque, produit inférieur et nocif qu'il vendit au taux de l'huile de ricin.
Sous l'action de la chaleur développée par la rotation excessivement rapide du moteur, le sulforicinate d'ammoniaque se dissocia et il se forma de l'acide sulfurique dont l'action corrosive fut désastreuse pour les organes métalliques qu'au lieu de graisser il détériora et immobilisa.
Ce sabotage capitaliste eût pu causer la mort des aviateurs Legagneux et le lieutenant Aquaviva…
Saboteurs, les entrepreneurs de bâtisses, les constructeurs de voies ferrées, les fabricants de meubles, les marchands d'engrais chimiques, les industriels de tous poils et de toutes les catégories…
Tous saboteurs! tous, sans exceptions!… car, tous, en effet, truquent, bouzillent, falsifient, le plus qu'ils peuvent.
Le sabotage est partout et en tout: dans l'industrie, dans le commerce, dans l'agriculture… partout! partout!
Or, ce sabotage capitaliste qui imprègne la société actuelle, qui constitue l'élément dans lequel elle baigne,—comme nous baignons dans l'oxygène de l'air,—ce sabotage qui ne disparaîtra qu'avec elle, est bien autrement condamnable que le sabotage ouvrier.
Celui-ci,—il faut y insister!—ne s'en prend qu'au capital, au coffre-fort, tandis que l'autre s'attaque à la vie humaine, ruine la santé, peuple les hôpitaux et les cimetières.
Des blessures que fait le sabotage ouvrier ne gicle que l'or; de celles produites par le sabotage capitaliste, au contraire, le sang coule à flots.