Gilbert se récusait. Il avait sûrement oublié depuis les vacances dernières. Et il se tournait vers l'abbé Resongle, comme pour l'appeler au secours de ses scrupules.

Mais Claire suivait son manège.

— Monsieur le Curé vous donne la permission, affirma-t-elle. Pas vrai, Monsieur le Curé?

M. le Curé tournait béatement les pouces sur son ventre en écoutant d'une oreille distraite les détails que lui servait M. de Favaron sur la dernière vente de charité qu'on avait organisée à Villefranche. Il acquiesça d'un signe à la requête de mademoiselle Mériel :

— Le jeu de boules est autorisé, je crois, les jours de promenade à la maison de campagne du séminaire. Pourquoi le tennis serait-il défendu pendant les vacances? Le concile de Trente n'a pas d'objection, sans doute, contre le tennis.

— Allons, en place, Monsieur l'abbé, criait Claire. C'est à vous de servir!

Dès le premier avantage, elle avait repris avec son partenaire ses allures, son vocabulaire de camarade. L'abbé n'était plus que M. Gilbert, et Gilbert tout court, quelquefois, quand la partie s'animait, quand il fallait jeter une indication à la volée. Le jeu les passionnait d'ailleurs l'un et l'autre, les empêchait de prendre garde à ces nuances ; ils ne songeaient plus au bout d'un moment qu'à servir, à relancer les balles. Gilbert se déraidissait, dépliait ses membres engourdis par l'immobilité habituelle de la prière. Son corps jeune et ardent, ce corps qu'il s'évertuait depuis un an à mépriser, à mater, cherchait obscurément sa revanche. L'ivresse du mouvement le gagnait ; sa pensée distraite, en commençant, isolée de ses gestes s'y associait maintenant ; elle s'employait toute à calculer les coups, à manier la raquette.

— A vous, l'abbé, à vous, Gilbert!

— A vous, mademoiselle Claire!

L'amour-propre s'en mêlait, il avait une joie rude à crier les balles gagnées, à notifier les avantages. Et si le camp opposé perdait par quelque maladresse d'Adrien, sa joie se faisait méchante.