— La calomnier, moi? et pourquoi donc, s'il vous plaît? Parce qu'elle a le bon goût de vous préférer à son grand dadais de fiancé? Elle est libre après tout, et vous aussi. Vous n'avez pas prononcé vos vœux, que je sache. Le temps de laisser repousser la tonsure!
— Mais il n'y a rien, absolument rien, entre mademoiselle Mériel et moi, je vous le jure.
— C'est bon, je ne vous demande pas vos secrets. J'ai voulu seulement vous avertir. Méfiez-vous, si vous n'êtes pas encore amoureux ; l'amour vous guette. Mais si vous succombez, comptez sur moi, disposez de moi ; je suis votre homme…
L'abbé Nohèdes ne savait plus s'il devait se fâcher ou rire de ces offres de service. L'ingénuité de ce cynisme le désarmait.
— Je vous remercie de votre bonne volonté, dit-il ; mais je n'en ai que faire. Mademoiselle Mériel ne pense pas plus à moi que je ne pense à elle. Votre imagination a fait tous les frais de ce mauvais roman. Laissons cela, je vous en prie. Parlons plutôt de vous ; vous êtes sur la mauvaise pente, abbé Curvale. J'ai peur pour vous, peur et pitié. Venez me voir ; je tâcherai de vous faire du bien à ma façon… Si bas que vous soyez tombé, vous pouvez remonter encore, reprendre votre aplomb. Venez, je prierai pour vous, en attendant.
Cahin-caha, la jardinière faisait son entrée à Bazerque. Comme elle passait devant la maison des Mériel, une croisée s'ouvrit au premier étage, la figure de Claire apparut.
L'abbé Curvale esquissa un sourire.
— Priez pour moi, soit, dit-il, mais ne négligez pas de prier pour vous.
XIII
Un soir, à l'heure du bézigue, Gilbert trouva un nouveau venu installé au salon, chez les Mériel, un monsieur entre deux âges, en tenue de bicyclette.