— Je vous écoute, dit-il en s'inclinant.

Elle le regardait, comme égarée, avec des yeux encore baignés de larmes et un frémissement de ses lèvres gonflées, contractées par la montée des sanglots qu'elle ne parvenait pas à étouffer.

— Je suis bien malheureuse, balbutia-t-elle après un silence. Puis rapidement, à voix basse : Adrien m'a fait une scène. Il a osé me reprocher mon amitié pour vous, il m'a menacée, il m'a insultée. J'ai rompu avec lui… Et maintenant, j'ai tout le monde contre moi. Ma mère, Bernard, tous. Ils veulent que je lui pardonne, que je me réconcilie. Jamais! Je ne veux plus le voir… Ah! que faire? Mon Dieu! que faire? Je n'ai plus que vous, monsieur Gilbert ; conseillez-moi, sauvez-moi!

— Vous devriez plutôt vous adresser à l'abbé Resongle, suggéra Gilbert ; il est l'ami de votre mère. Elle fera ce qu'il voudra.

— L'abbé Resongle? Inutile. Il est tout Favaron. Si je l'écoutais, j'aurais déjà pardonné. Et savez-vous la raison qu'il me donne? Il dit — j'ai honte de vous le répéter — il dit qu'après trois mois de fiançailles, je ne suis plus libre de remercier Adrien. On nous a trop vus ensemble ; personne ne voudrait de moi, si je lui signifiais son congé. Est-ce vrai?

— Le monde est méchant, Mademoiselle ; peut-être avez-vous été quelquefois imprudente…

— Alors, vous aussi, vous me condamnez ; c'est trop fort! Je ne peux pas le croire. Je vous en prie, mon ami, dites-moi bien vite que l'abbé Resongle se trompe, que je ne suis pas compromise. Rassurez-moi. Je suis une brave fille, n'est-ce pas? Vous m'estimez, vous m'aimez ; je n'ai pas démérité de vous…

— Certes, Mademoiselle, je vous estime et je vous plains… répondit Gilbert. Mais mon opinion est bien peu de chose. Ah! si je pouvais vous être utile!

— Vous le pouvez, mon ami. Votre présence m'a déjà fait du bien. J'avais perdu la tête. Savez-vous ce que je demandais à la sainte Vierge, là, tout à l'heure? Eh bien! je lui demandais de me faire mourir, plutôt que de me laisser reprendre par Adrien…

— Mourir? quel enfantillage! Mourez au monde plutôt, affranchissez-vous, fiancez-vous avec Dieu. Personne n'aura rien à dire ainsi, ni votre mère, ni l'abbé Resongle. Et pour vous ce sera le bonheur définitif. Vous m'avez dit une fois, je m'en souviens bien, que vous aviez la vocation…