Sa tristesse me fendait le cœur. Je ne sus pas plus longtemps me contraindre.

— C'est donc fini, balbutiai-je ; nous ne nous verrons plus, mademoiselle Thérèse!

— Sans doute, et c'est mieux ainsi, dit-elle en détournant les yeux. Je ne suis restée que trop longtemps à Argelès. On m'attend là-bas, on me réclame. J'ai autre chose à faire dans la vie, vous le savez bien, que de me promener et de causer, — même avec vous! Mes doigts se rouillent ici, et sans mes doigts, que deviendrait ma mère, que deviendrait mon frère? Et puis… elle hésita un moment, comme si elle avait quelque chose à ajouter, et conclut d'un geste vague en secouant la tête.

— Je sais tout cela, lui répondis-je ; je ne suis ni un égoïste ni un ingrat. Permettez-moi seulement de toujours penser à vous comme à la plus chère, à la meilleure des amies.

— Si je vous le défendais, vous ne manqueriez pas de me désobéir, sourit-elle. D'ailleurs ni vous ni moi ne sommes tout à fait les maîtres de nos pensées ni de nos rêves. Nos volontés nous appartiennent heureusement ; et c'est assez, n'est-il pas vrai?

— Hélas! lui dis-je, combien l'accord est difficile quelquefois entre la volonté et le cœur!

— On lutte, répondit-elle, avec une dureté d'orgueil dans le timbre de sa voix.

Nous nous taisions. Un coup de sifflet montant de la gare nous rappela brusquement à l'un et à l'autre l'heure prochaine de l'adieu. Thérèse s'attendrit.

— Mme Lavernose m'a fait promettre de lui écrire ; vous aurez souvent de mes nouvelles, — si elles vous intéressent encore, dit-elle, avec une nuance de coquetterie.

— Que vous êtes bonne! m'écriai-je en un élan de tout mon être ; et que je vous aime! ajoutai-je à voix plus basse.