—C'est inutile, dit le Père Cyrille, qui avait tout entendu de la pièce voisine, et qui se montra, l'air sévère et courroucé.
La femme recula en poussant un cri. Quant au pèlerin, après le premier mouvement de surprise, il parut prendre son parti.
—Par le ciel! mon révérend, vous confessez les gens sans qu'ils s'en doutent, dit-il avec une gaieté effrontée.
—Tais-toi, sacrilége! s'écria le moine dont l'indignation avait étouffé l'indulgence habituelle; faut pèlerin, fabricant impie de reliques menteuses, peux-tu oublier les peines éternelles qui doivent punir ton imposture dans l'autre monde?
—J'aime mieux me rappeler les profits qui récompensent ma peine dans celui-ci, répliqua Nicolle avec effronterie. Par tous les diables! mon révérend, vous êtes mal venu à me reprocher de vivre de tromperies quand l'honnêteté vous fait mourir de faim. J'ai été clerc de bazoche, puis chantre de paroisse, et j'étais vêtu d'un mauvais habit de retondaille, nourri de fromage de chèvre et de pain d'orge à la paille; j'ai voulu ouvrir à Auxerre boutique d'épicerie, les soudards ont pillé les marchandises qu'on m'envoyait, et il a fallu attacher une bannière sur mon pignon[12]. Ne pouvant subsister de mon travail, je me suis donc décidé à subsister de mes ruses; la faute n'en est point à moi, mais à ceux qui m'y ont forcé.
[ [12] C'était une indication de banqueroute.
—Hélas! c'est la vérité, ajouta la femme chez qui l'industrie du faux pèlerin éveillait évidemment des scrupules, mais qui eût voulu l'excuser aux yeux du moine; Nicolle n'a point choisi son métier, et si on peut lui reprocher l'argent qu'il gagne, du moins sait-il en garder une part pour des œuvres pieuses.
Et la preuve, ajouta le pèlerin en plongeant la main dans son escarcelle, d'où il retira quelques pièces de monnaie, c'est que je prierai le révérend de ne point m'oublier dans ses prières.
Le moine repoussa l'argent.
—Vade retro! s'écria-t-il, ce sont les écus du diable! je ne veux rien du trahisseur de Dieu. Vade retro!