—Au nom du Christ! partons pour Loches, mon père! s'écria le jeune garçon en se levant; c'est là qu'il faut arriver.
Leur hôtesse objecta les dangers de la route couverte de partis anglais, qui, depuis la défaite d'Orléans, ne faisaient quartier à personne. Mais le Père Cyrille lui répondit que Dieu, qui les avait protégés depuis trois mois, ne les abandonnerait pas. Elle voulut alors garnir de provisions la besace que portait le jeune garçon, et passa dans la pièce voisine pour remplir sa bouteille de cuir. Mais comme elle se dirigeait vers le cellier, plusieurs coups furent frappés à la porte d'entrée, et on l'appela par son nom.
—Dieu nous sauve, c'est Nicolle! s'écria-t-elle.
—Oui, femme, reprit la voix; ouvre vite par le ciel! je meurs de soif et de faim.
Elle courut ouvrir, et un homme au teint bruni, mais à l'air jovial, parut sur le seuil. Il était vêtu de la robe de pèlerin, et portait, suspendue au cou, une de ces petites boîtes grillées dans lesquelles on renfermait les reliques à vendre.
—Jésus Dieu! est-ce bien vous? reprit la femme stupéfaite.
—Tu ne m'attendais pas sitôt, dit le nouveau-venu; mais depuis que Jeanne la Pucelle met partout les Anglais en fuite, ceux-ci sont devenus dévots; dès qu'ils m'apercevaient avec ma robe de pèlerin, ils accouraient pour acheter des reliques qui pussent les préserver de malencontre: aussi, ai-je tout vendu en quelques jours, et je viens renouveler ma trousse à miracles...
—Plus bas! malheureux! interrompit la femme effrayée; il y a là un jeune garçon et un moine.
—Ah! goddem!
—Au nom de Dieu! ôtez vite cette robe...