C'était là que se renfermaient les archives, les armes, le trésor. Dans la même cour se trouvaient les citernes, les écuries, les caves, et le corps de logis habité par le comte. Au-dessous étaient des souterrains dont l'entrée n'était connue que de lui, et qui, s'étendant jusqu'à la forêt, permettaient à la garnison, en cas de siége, de fuir sans être aperçue.
Catherine laissa le Père Ambroise à la première entrée, le supplia encore de ne rien négliger pour sauver Jehan, et s'assit au bord du parapet en attendant son retour.
Le moine fut introduit dans la cour d'honneur, où les écuyers et les pages s'exerçaient à l'escrime et à l'équitation. On lui fit ensuite traverser les appartements de monseigneur Raoul.
Le luxe intérieur répondait à l'élégance et à la solidité de l'extérieur. Les parquets étaient formés de pierres de diverses couleurs, dont les jointures de plomb et de fer fondu formaient mille arabesques brillantes; les poutres incrustées d'ornements en étain soutenaient de loin en loin des armes ou des animaux étrangers habilement conservés. Les vitres de verre peint représentaient l'histoire des ancêtres du comte Raoul et la fondation du château.
Quant à l'ameublement, il était tout entier en bois de chêne merveilleusement œuvré et aussi noir que l'ébène; les salles avaient été tendues de tapisseries d'Arras et garnies dans tout leur pourtour de coffres rouges, de grands bancs à housse traînante, ou de lits larges de douze pieds. De loin en loin, comme preuves d'opulence, étaient suspendus des miroirs de verre ou de métal, grands d'un pied.
Le Père Ambroise admira, en traversant la salle des pages, une horloge dont l'aiguille marquait les minutes et les heures.
Il fut introduit dans la salle à manger où se trouvait le comte. C'était une longue galerie soutenue des deux côtés par des piliers de chêne incrustés de cuivre et d'étain, une table entourée d'une balustrade occupait toute la longueur, et au milieu s'élevait une tour en charpente sur laquelle était posée une torche destinée à éclairer la salle entière; au fond apparaissait le dressoir chargé d'aiguières et de hanaps d'argent, et à côté les tables de service; elles étaient couvertes de bassins de viande accommodée à la sauge, à la lavande ou au fenouil: de piles de pains de neuf onces parfumés d'anis, et de pots de vin tiré au-dessus de la barre.
À l'autre bout de la salle, une troupe de musiciens jouait une symphonie dans laquelle se faisaient entendre tour à tour la trompette, la flûte, le chalumel, le luth et le rebec.
Les convives, au nombre de près d'une centaine, étaient placés selon leur importance: les premiers avaient devant eux des écuelles de vermeil et quelques-unes de ces fourchettes dont l'usage commençait à s'introduire; ceux qui venaient après n'avaient que des écuelles d'argent, et ceux qui suivaient des écuelles d'étain.
Personne ne prit garde, dans le premier instant, au Père Ambroise. Le varlet qui l'avait amené se contenta de lui montrer un escabel sur lequel il s'assit, et de lui faire donner un gobelet et une écuelle.