Le maquignon, toujours à l'affût de ce qui se passait autour de son étalage, s'avança rapidement du côté de l'enfant, et posant le bout de sa baguette sur son épaule.
—Regardez-moi cela, noble Romain, s'écria-t-il en se tournant du côté de l'affranchi; ne diriez-vous pas, à voir ce jeune garçon si grand et si robuste, qu'il est au moins dans sa quinzième année? eh bien, je puis vous garantir qu'il n'a que neuf ans; jugez de ce qu'il deviendra un jour. Cette race armoricaine est vraiment merveilleuse.
Norva n'avait pu se défendre d'un frémissement en voyant la baguette du maquignon se poser sur son fils. Quant à Arvins, il ne donna aucun signe d'abattement pendant l'examen fort long de l'acheteur.
Enfin, après s'être convaincu que l'enfant lui convenait, celui-ci en proposa trois cents sesterces. Quelques voix élevèrent ce prix jusqu'à quatre cents sesterces, puis l'on n'entendit plus aucune nouvelle proposition.
Comme dernier enchérisseur, le Romain s'avança alors sur les tréteaux, auprès d'un homme qui avait devant lui une petite table, sur laquelle se trouvaient des balances d'airain; et, prenant un as à la main:
—Je dis, répéta-t-il, que, d'après le droit des quirites, ce jeune garçon est à moi, et que je l'ai acheté avec cette monnaie et cette balance.
Puis il laissa tomber l'as dans un des plateaux.
Ce bruit fut comme un coup de mort pour Norva, car il avait également précédé le départ de chacun de ses compagnons. L'enfant se troubla un moment en voyant la pâleur de sa mère; mais un coup d'œil de Morgan suffit pour ramener le calme dans son attitude.
Le vieillard se pencha vivement vers Norva, murmura quelques paroles à son oreille, et la pauvre mère se redressa vivement.
Cette scène fut trop rapide sans doute pour être remarquée par aucun étranger. Morgan parut le croire, du moins, car il lança sur la foule romaine son même regard de dédain.