§ 7.

Plus d'un an après les faits racontés dans le chapitre précédent, messire Raoul était debout dans la grande salle du château, écoutant avec impatience la lecture que lui faisait maître Moreau d'un acte sur parchemin.

—Enfin, dit-il en l'interrompant tout à coup, la vente est conclue, n'est-ce pas?

—Conclue, monseigneur.

—Et je cède au duc de Vaujour une des meilleures parts de mon domaine avec tous les serfs qui en font partie?

—Ses hommes d'affaires doivent venir en prendre possession aujourd'hui même; beaucoup de familles sont déjà réunies dans la cour.

—Je ne veux pas les voir, dit Raoul; leurs lamentations me font mal! Pauvres gens; je les livre à une bête féroce, car le duc n'est pas un homme; mais cette expédition en Terre-Sainte a ruiné notre famille; j'ai vendu tout ce que je pouvais vendre avant de toucher à mon domaine; enfin, il a fallu s'y décider. Au diable! et n'y pensons plus! Tu t'occuperas de tout livrer, maître Moreau; et surtout veille à ce que le nouveau propriétaire n'empiète pas sur ce qui me reste, car un domaine écorné ressemble à une étoffe trouée; la déchirure va toujours s'élargissant.

Dans ce moment un domestique ouvrit la porte.

—Qu'y a-t-il? demanda le comte en se détournant.

—Un marchand voudrait être reçu par monseigneur.