—Oh! mon père, mon père! s'écria Jeanne émue à la fois de honte, de pitié' et d'attendrissement.

—Dis que tu es heureuse, Jeanne! reprit celui-ci en l'attirant à lui. Pauvre fille! J'aurais voulu pouvoir dérober pour toi le trésor du roi de France! Si j'avais le paradis, vois-tu, Jeanne, je le donnerais tout entier sans y garder même une place... Mais embrasse donc ton père! remercie-le donc! C'est la première fois que je puis te faire un présent.

Il y avait dans les paroles du vieillard une tendresse à demi égarée qui émut Jeanne jusqu'au fond du cœur. Dépouillée de sa volonté par une longue oppression, cette pauvre âme en était revenue à tous les instincts de l'enfance.

Jeanne jeta ses bras autour du cou de son père et baisa ses cheveux blancs.

—Cache, cache la bourse, reprit le vieillard joyeusement. Ah! ils me croient la tête faible!... Mais je vois tout, je comprends tout. Aussi, sois tranquille, ma Jeanneton, je sais comment faire, maintenant. Oh ne te défie point de moi; tes pauvres ne manqueront plus de rien. Mais cache la bourse, surtout, cache-la bien.

—Elle ne nous appartient pas, fit observer la jeune fille doucement, et il faudra la rendre.

—La rendre! à qui?

—A ma mère.

—Que dis-tu? s'écria le marquis épouvanté; tu lui diras donc que je l'ai prise?

—Non, mon père.