—Elle le devinera, on te forcera à l'avouer; tu me dénonceras, malheureuse!

—Mon père!

—Oh! ne fais pas cela, Jeanne, je t'en conjure; ta mère se vengerait sur moi. Tu ne voudrais point me rendre malheureux. Tu es la seule qui m'aime ici. Oh! ne rends pas la bourse; je l'ai prise pour toi, Jeanne. Par miséricorde, ne dis rien à ta mère.

Il avait les mains jointes et pleurait. La jeune fille éperdue se jeta dans ses bras en s'efforçant de le rassurer par ses promesses et ses baisers, mais il semblait toujours inquiet.

—Tu ne sauras point cacher cet or, reprit-il, et tout se découvrira. Rends-le-moi, c'est le plus sûr; rends-le moi; je le garderai.

Jeanne lui remit la bourse, qu'il ramassa vivement.

—Surtout, pas un mot à ta mère, reprit-il, en posant un doigt sur ses lèvres. Si elle t'interroge, aime-moi assez pour mentir; ton confesseur te le pardonnera, et, s'il le faut, je prendrai sur moi le péché.

Dans ce moment un domestique en livrée parut au bout de l'allée. Il venait annoncer à M. de Solange que le souper était servi.

Celui-ci se leva, fit un signe à Jeanne pour lui recommander la discrétion, et, s'appuyant sur le bras du valet, il regagna d'un pas chancelant l'appartement qu'il occupait dans l'hôtel.

La jeune fille le suivit des yeux avec une expression de pitié caressante, jusqu'à ce qu'il eût disparu derrière les tilleuls. Alors ses idées parurent prendre un autre cours, et elle tomba dans une profonde rêverie.