La jeune fille obéit.

—Depuis bientôt trois mois que vous avez quitté le couvent, reprit madame de Solange, j'ai évité de vous présenter à la société qui fréquente l'hôtel. Vous avez vécu dans la retraite comme il convient à une fille de votre condition, qui ne doit paraître dans le monde qu'en se mariant; mais ce moment est enfin venu.

—Que dites-vous, madame? s'écria Jeanne qui leva brusquement la tête en tressaillant.

—Je dis que je viens d'arranger un mariage tel que je pouvais le désirer.

—Pour moi? interrompit la jeune fille.

—Pour vous, reprit madame de Solange. Qu'y a-t-il dans cette nouvelle qui puisse vous étonner? N'avez-vous jamais pensé qu'il en devrait être, ainsi tôt ou tard?

—Madame..., balbutia Jeanne éperdue.

—Allons, remettez-vous, dit froidement madame de Solange; il s'agit ici, non point de s'émouvoir, mais de causer. Le mariage aura lieu dans un mois, et dès demain je vous emmènerai pour choisir le trousseau.

Cette nouvelle était si inattendue que Jeanne resta un instant comme foudroyée. Elle regarda sa mère, pâle, les mains jointes et sans pouvoir parler.

—C'est impossible, dit-elle enfin d'une voix entrecoupée; dans un mois, madame, c'est impossible.