—Vendu, Jeanne! Oh! je suis un lâche!

Le vieillard heurtait son front contre le fauteuil; Jeanne l'entoura de ses bras.

—Ne dites point cela, mon père! s'écria-t-elle; ne vous accusez pas; n'ayez point de douleur pour moi! Dieu a tout fait, et il n'a point voulu me donner la joie que je lui demandais. Lui seul est le maître et règle l'avenir! Puisqu'il m'est refusé de vivre pour Jérôme dans ce monde, eh bien! j'irai prier pour lui dans un couvent. Embrassez-moi, embrassez-moi, mon père, car bientôt vous ne me verrez plus!

—Non, Jeanne, s'écria le marquis, en la serrant contre sa poitrine, cela ne sera point! Toi dans un cloître, ma belle, ma douce Jeanne! Et que ferais-tu, sous le voile, de tes chères bouffées de joie? qui rendrais-tu heureux de ton affection? Ah! tu ne sais point tout ce que l'on peut souffrir au fond d'un couvent!

—Non, mais je sais, mon père, tout ce que l'on souffre dans certaines unions....

—Comme dans la mienne, n'est-ce pas? dit le vieillard en pâlissant. Tu as raison; je n'y avais pas songé. Si tu allais souffrir autant que moi!

Et cette pensée le fit frissonner.

—Jeanne! tu ne te marieras point contre ton gré, s'écriat-il avec force. Toutes les unions sans amour doivent se ressembler. Tu ne te marieras point; je m'y opposerai, je suis ton père; ce titre-là, du moins, ils n'ont pu me l'ôter. Ils ne peuvent disposer de ta main malgré moi. Tu n'épouseras point le comte.

—Je venais pourtant présenter le contrat à votre signature, dit une voix calme et sonore.

Madame de Solange venait d'entrer et se tenait à quelques pas, des papiers à la main.