—Eh bien! s'écria-t-il tout à coup, partons ensemble!

—Partir?

—Oui, Jeanne; c'est le seul moyen d'échapper à sa tyrannie. On veut te faire souffrir comme moi; fuyons.

—Y pensez-vous?

—Qui nous en empêche? Ne suis-je pas ton père? Avec moi, tu peux aller partout sans honte. Je vous suivrai, Jeanne; nous irons vivre bien loin, dans quelque coin de campagne où je serai libre de me promener sous les arbres sans un gardien. Si nous sommes pauvres, je travaillerai.

—Vous, mon père?

—Oui, oui; mes forces reviendront, enfant. Ici, sa présence m'empoisonne l'air; je sens autour de moi sa volonté comme un réseau de fer qui m'oppresse... Voilà pourquoi je suis faible, vieux et sans raison. Mais la liberté me rajeunira... Avertis-le, Jeanne; dis-lui qu'il prépare tout et nous fuirons avant que ta mère se doute de rien.

—Hélas! il est trop tard, murmura la jeune fille; la lettre lui aura tout appris.

—La lettre? reprit le marquis en changeant de visage. Oh! oui, tu as raison... La lettre!... Et c'est moi qui l'ai livrée! C'était un dépôt; je l'ai vendu pour de vaines promesses.

—Mon père!