—Oh! s'écria-t-il, ce n'est pas le comte que tu aimes!
La jeune fille se cacha, honteuse et éplorée, dans le sein du vieillard.
—Oui, je comprends, reprit-il. Il y en a un autre!... que ta mère repousse, n'est-ce pas?... Ta mère ne songe qu'à t'élever pour monter après toi! pauvre enfant!... Et tu l'aimes donc bien?
—Ah! mon père, murmura Jeanne, en se pressant sur son cœur.
—Hélas! hélas! que faire? dit-il d'un ton abattu. Elle a choisi le comte, Jeanne; elle veut que tu l'épouses; et on ne peut lui résister, à elle.
—Oh! je le sais! reprit la jeune fille avec des sanglots; mais plutôt que d'épouser le comte, mon père, je mourrai!
—Toi!
—Oui, reprit-elle avec une énergie désolée, car tout me sera plus facile que de supporter une pareille union. Songez, mon père: promettre à Dieu de vivre pour quelqu'un, alors que toute votre âme est ailleurs! se condamner à mentir jusqu'à la mort? c'est impossible! Et lui, que deviendra-t-il si je l'abandonne! Vous ne savez pas combien il est bon! Nous parlions de vous si souvent, et il vous aimait seulement parce que je vous aimais! Oh! j'aurais pu être si heureuse avec lui, mon père!
La jeune fille parlait d'une voix entrecoupée, et sa douloureuse exaltation avait gagné le vieillard.