—Perdue! répéta M. de Solange. Que contenait donc cette lettre? Jeanne ne t'effraie pas ainsi, je t'en conjure; mon Dieu! pourquoi aussi me la donner à garder? Je suis sans force, sans volonté, moi. Tu n'as jamais remarqué son regard immobile et perçant! Quand il se fixe sur mois, vois-tu, je sens ma tête qui tourne, mes membres qui tremblent: j'ai peur!
Ces mots étaient prononcés d'une voix si profondément altérée, qu'au milieu même de sa désolation Jeanne en fut touchée. Elle saisit les mains de son père avec une pitié douloureuse et les baisa tendrement. Cette caresse toucha le vieillard; son front s'éclaircit.
—Tu me pardonnes, Jeanne, n'est-ce pas? dit-il, en appuyant ses lèvres tremblantes sur la joue de sa fille. Oh! sois tranquille! tout cela finira bientôt; bientôt, tu ne seras plus son esclave et tu pourras faire ce qui te plaît.
—Moi, mon père!
—Ne vas-tu pas épouser le comte de Lanoy?
—Ah! jamais! s'écria la jeune fille avec désespoir. Le marquis releva la tête.
—Jamais! répéta-t-il étonné; que veux-tu dire, Jeanne?
—Oh! mon père! je suis bien malheureuse! sanglota celle-ci en se jetant dans ses bras.
—Toi, malheureuse, Jeanne? Au nom du ciel, qu'y a-t-il donc? Regarde-moi. Pourquoi pleurer?
Et, comme si un trait de lumière l'éclairait tout à coup: