-Vous savez mon nom, dit madame de Lanoy surprise.

—Jeanne! répéta le prisonnier en étendant les mains vers la comtesse.

—Qui êtes-vous? s'écria celle-ci éperdue et les regards fixés sur le prisonnier dans une angoisse de doute impossible à exprimer.

—Jérôme! balbutia le mourant.

Madame de Lanoy poussa un cri horrible et tomba à genoux devant le prisonnier. Celui-ci se redressa sur son séant,[76] et, laissant aller ses deux bras sur les épaules de la comtesse.

—Jeanne! reprit-il, je t'ai revue! Dieu est bon!

A ces mots il retomba en arrière. La comtesse se pencha sur lui, éperdue; mais, épuisé par de trop longues souffrances, il n'avait pu résister à cette dernière émotion... La joie l'avait tué.

Ce coup inattendu abattit le courage de madame de Lanoy, et la jeta dans une sorte de morne désespoir dont l'amour maternel lui-même ne put la tirer. Lorsque la tourmente révolutionnaire grandit, elle refusa de quitter Paris, où son nom devait d'autant plus sûrement la compromettre, que l'on savait le comte en Vendée[77] et les armes à la main; aussi fut-elle arrêtée avec la marquise, alors tombée en enfance. Traduites toutes deux devant le tribunal révolutionnaire, elles furent condamnées à mort et exécutées le neuf thermidor.[78]

NOTES.

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