Dans ce moment une troupe d'ouvriers s'approcha du carrosse, et l'un d'eux ouvrit brusquement la portière. A l'aspect de Jeanne si belle et si triste, il recula involontairement et se découvrit.

—Que voulez-vous? demanda la comtesse, d'une voix douce.

—Pardon, madame, balbutia l'ouvrier, mais un des prisonniers que nous avons délivrés vient de s'évanouir.

—Qu'il vienne! s'écria vivement Jeanne; il y a place ici pour lui.

Ceux qui portaient le mourant s'approchèrent alors et le déposèrent dans le carrosse.

La comtesse avait rejeté l'écharpe de soie dont elle était entourée, et aida elle-même à le placer à ses côtés, mais, dans ce mouvement, le tapis qui enveloppait le prisonnier s'entr'ouvrit et permit de le voir. Jeanne ne put retenir un gémissement à l'aspect de ce visage qui n'avait conservé rien d'humain.

Le mourant parut l'entendre, car ses paupières se soulevèrent, ses yeux se rouvrirent lentement et restèrent fixés sur madame de Lanoy.

—Vous souffrez bien? demanda celle-ci d'une voix que les larmes rendaient tremblante.

Les traits du prisonnier s'animèrent; il agita ses lèvres, et, faisant un effort:

—Jeanne! murmura-t-il d'un accent confus.