Quant à la jeune fille, elle semblait dans toute la splendeur d'une première jeunesse. L'air modeste et provoquant à la fois, elle eût pu servir de modèle à une vierge peinte par Watteau.[23] Son costume participait de cette double expression; on y sentait un reste d'habitudes du couvent déjà mêlé d'une demi-science mondaine.[24]

Elle tenait à la main une tragédie de Voltaire,[25] et la lisait à haute voix. Tout à coup elle s'interrompit, le vieillard venait de s'assoupir. La jeune fille posa le livre sur sa chaise et s'approcha doucement; mais ce mouvement lui fit rouvrir les yeux.

—Ah! je vous ai réveillé, mon père! s'écria-t-elle avec regret.

—Reste, dit-il d'une voix frêle; assieds-toi là Jeanne... plus près, plus près encore.

Elle s'accroupit aux pieds du vieillard dans l'attitude gracieuse d'une enfant qui demande des caresses.

Il posa une main sur son épaule, releva de l'autre son front et la regarda longtemps avec une sorte d'enchantement naïf.

La jeune fille sourit d'abord sous ce regard; mais je ne sais quel souvenir traversa subitement sa pensée, ses yeux se mouillèrent et elle baissa la tête.

—Qu'y a-t-il, Jeanne? demanda le vieillard, à qui ce mouvement n'avait point échappé.

—Rien, rien, mon père, répondit-elle rapidement.

—Tu me trompes. Hier encore j'ai vu que tu avais pleuré; je voulais t'en demander la cause, et ce matin j'ai oublié... Oh! ma tête! ma tête!...