Enfin, le sujet de poésie était la description du printemps, avec un épisode élégiaque sur la culture des pommes de terre primes.
La commission nommée pour juger les trois mille pièces envoyées fit savoir que tous les poëtes avaient décrit le printemps de leur pays au lieu de peindre le printemps absolu; et que la plupart étaient tombés dans de grandes erreurs au sujet de la culture des solanées. En conséquence, le prix était transformé en une mention honorable accordée à la pièce portant le no 940, laquelle pièce était sans nom d'auteur.
Ici, la séance fut suspendue. Une partie des immortels quitta la salle, et les marchands de limonade parurent dans les tribunes. Il y eut entre les voisins qui se connaissaient un échange de saluts et de politesses. On s'informa des absents, on parla des bals auxquels on était invité, du cours de la bourse, de l'épidémie régnante, de tout enfin, excepté de ce que l'on venait d'entendre. Ce fut seulement au bout d'une heure que la sonnette du président annonça la reprise de la séance.
Il s'agissait cette fois des communications faites par les différentes académies.
On lut d'abord un mémoire destiné à éclaircir si les rois pasteurs étaient noirs ou seulement brun foncé; puis une fable développant cette vérité profonde: «que le faible est plus souvent opprimé que le fort»; enfin une dissertation archéologique relative à l'éperon de François Ier.
Mais ce n'étaient là que les préludes de la séance, le lever du rideau destiné à faire attendre la grande pièce. Enfin, le bibliophile parut au pupitre avec le premier chapitre de son fameux Traité sur les mœurs de la France au dix-neuvième siècle. Cette lecture était annoncée depuis trois mois, et l'on en racontait d'avance des merveilles; aussi tous les auditeurs se penchèrent-ils vers le bord des tribunes; le silence s'établit plus complet, et l'académicien commença de cet accent solennel et cadencé qui constitue ce que les bourgeois nomment un bel organe.
XVI
Mémoire d'un académicien de l'an trois mille sur les mœurs des Français au dix-neuvième siècle.—Comme quoi les Français ne connaissaient ni la mécanique, ni la navigation, ni la statique, et mouraient tous de mort violente par le fait des notaires.—Le Gouvernement chargé de composer des épitaphes pour les célèbres courtisanes.—Costume des rois de France quand ils montaient à cheval.—Les noms des auteurs étaient des mythes.—Singulier langage employé dans la conversation.
«On l'a dit bien des fois, Messieurs, tant qu'il reste des traces de la littérature et des arts d'une nation, cette nation n'est point morte; l'étude peut la reconstituer, la faire revivre comme les créations antédiluviennes devinées par les inductions de la science.
«La littérature et les arts ne sont-ils point, en effet, le reflet fidèle des mœurs d'une époque? n'y trouvez-vous point la peinture des habitudes, des croyances, des caractères, des sentiments? Si nous n'avons que des données fausses sur les peuples qui vécurent autrefois, nous ne devons donc accuser que notre paresse: une étude sérieuse nous les eût révélés dans leur vérité.