«C'est cette étude que nous avons tentée pour les Français du dix-neuvième siècle.
«Quinze années de notre vie ont été employées à visiter les ruines de leurs monuments, à examiner leurs tableaux et leurs statues, à connaître leurs livres surtout, immense galerie où toutes les individualités du passé s'agitent et se coudoient.
«Le travail que nous avons l'honneur de vous soumettre est le résultat de ces longues recherches.»
(Ici, le lecteur s'arrêta, sous prétexte de boire; le public, ainsi prévenu qu'il est à un bon endroit, applaudit.)
«Et d'abord, Messieurs, protestons contre le préjugé vulgaire qui a fait regarder jusqu'ici les Français comme des hommes légers, mobiles, amis du plaisir. Loin de là! L'étude attentive de ce qu'ils ont laissé nous les montre sombres, passionnés, sanguinaires, toujours la main au poignard ou au poison. Leurs dramaturges, leurs poëtes, leurs romanciers, qui ont peint les mœurs du temps, ne laissent aucun doute à cet égard.
«Ainsi, pour ne citer qu'un fait, nous avons calculé, d'après la lecture de leurs œuvres, que les dix-sept vingtièmes des unions légitimes amenaient la mort de l'un des conjoints! La conséquence normale du mariage était le suicide ou le meurtre; les époux ne se laissaient vivre que par exception!
«Telle était à cet égard la force de l'habitude qu'un mari étrangla sa femme la première nuit des noces, uniquement parce qu'il ne pouvait se rappeler son nom[2].
[2] Voyez La Confession (J. Janin).
«Les amants n'étaient guère plus heureux, soit que la femme tuât l'homme pour le rendre plus prudent[3], soit que l'homme tuât la femme pour lui éviter les reproches de son mari[4], soit que tous deux se tuassent à l'amiable et de compagnie, comme on le voit à chaque page dans les journaux du temps.
[3] Voyez Les Mémoires du Diable (F. Soulié).