Les souscripteurs ont droit à l'indulgence.
Les non-souscripteurs n'ont droit qu'à la vérité.
Venait ensuite un système de primes si habilement combiné que l'éditeur remboursait au moins cent vingt fois le prix de chaque souscription; aussi ne se retirait-il que sur la quantité!
Les priviléges de chaque catégorie étaient, du reste, clairement établis.
Chacun des trente mille premiers souscripteurs avait droit à une calèche ornée de son chiffre et attelée d'un ballon: c'étaient les demi-fortunes de Sans-Pair.
Les quarante mille souscripteurs suivants devaient obtenir des cartes d'abonnement perpétuel à tous les omnibus de la République, avec correspondance pour les cinq parties du monde.
Enfin, les derniers recevaient tous les matins, à domicile, une tasse de café au lait avec le petit verre de rhum ou de cognac.
Après avoir écouté les détails relatifs à cette entreprise littéraire, et exalté les services qu'elle allait rendre à la civilisation, M. Atout en vint enfin à ce qui l'amenait.
Prétorien tira aussitôt le cordon des sténographes au mot Académie, et un papier plié en quatre tomba d'une des bouches de rédaction placées au-dessus de son bureau: c'était le résumé du Mémoire lu par le bibliophile.
M. Atout l'ouvrit et commença à l'examiner avec Maurice, qui l'arrêtait à chaque ligne pour quelque rectification. Prétorien, ravi, déclara qu'il fallait faire un article là-dessus; cela amènerait du bruit, du scandale, et rien de plus sain pour un journal.
«Ne ménagez pas le bibliophile, ajouta-t-il résolument; la vérité est toujours bonne à dire quand elle fait gagner des abonnés. Il a d'ailleurs refusé d'être des nôtres, et qui n'est pas pour nous est contre nous. Il faut noyer dans le ridicule le Mémoire sur les Français du dix-neuvième siècle.