(Applaudissements plus bruyants.)

«Pour rendre hommage à un pays que l'on pourrait appeler la patrie de toutes les gloires!»

(Applaudissements prolongés.)

«Enfin, pour jouir de cette noble alliance de l'ordre et de la liberté, réalisée par le plus grand peuple du monde.»

(Tonnerre d'applaudissements: plusieurs voix crient:—Vivent les morts parisiens!)

Il fallut quelques instants pour apaiser l'émotion produite par l'éloquente improvisation de Maurice; les habitants de l'île du Noir-Animal ne pouvaient cacher leur surprise de trouver dans un barbare, enterré depuis onze siècles, cette élévation de pensée et cette justesse d'appréciation. Les auditeurs les plus instruits croyaient reconnaître, dans le langage du jeune homme, un ancien président de congrès provincial, ou pour le moins un secrétaire de société philanthropique, conservé par la méthode de M. Gannal. Enfin, quand le silence fut rétabli, M. Omnivore, qui voulait répliquer dignement au discours de son hôte, s'avança avec gravité, toussa trois fois, afin de recueillir ses idées, et dit, avec un accent franc-anglo-tudesque:

«Monsieur

«En réponse au vôtre du présent jour, je m'empresse de vous faire savoir que la maison Omnivore et compagnie se trouvera flattée d'entrer en relations avec la vôtre, et que vous serez accueilli aussi favorablement qu'une traite à présentation; ladite maison tenant à honneur de vous maintenir dans la bonne opinion que vous avez conçue du peuple auquel elle a l'avantage d'appartenir.»

Les auditeurs échangèrent un regard de satisfaction. Tous applaudissaient évidemment à la clarté et à la précision commerciale de la réponse faite par M. Omnivore. Celui-ci s'en aperçut, et prit une prise de tabac pour donner une contenance à sa modestie.

Mais la glace était rompue, et l'on en vint à des explications moins solennelles. Maurice raconta comment Marthe et lui se trouvaient là, en exprimant le désir de quitter au plus tôt ce lieu funèbre, dont l'aspect attristait sa compagne. M. Omnivore se hâta de faire apporter des vêtements fournis par les fouilles récentes qui avaient été faites dans les ruines du vieux monde, et il se retira, en annonçant qu'il reviendrait prendre ses hôtes.

Il reparut, en effet, au bout d'un quart d'heure, et ne put retenir un éclat de rire à la vue du costume des deux jeunes époux. Il en examina quelque temps toutes les parties, avec la même curiosité qu'un Français du dix-neuvième siècle étudiant la toilette d'un Hottentot. Il fallut lui expliquer l'utilité de cette longue robe de femme qui embarrassait la marche, de ce chapeau qui plaçait son visage au fond d'un cornet, de cet habit d'homme dont les basques pendantes ressemblaient aux deux ailes d'un hanneton malade, de ce pantalon que se disputaient les bretelles et les sous-pieds, comme une victime tirée à quatre chevaux. Marthe et Maurice justifièrent de leur mieux les costumes de leur époque; mais, après les avoir écoutés, M. Omnivore jeta un regard sur son habillement perfectionné, et ne put retenir un sourire d'orgueil.