Maurice accepta avec empressement, et milady Ennui, qui entra dans ce moment avec Marthe, déclara qu'elle les accompagnerait.
Les débats de la Chambre des envoyés étaient publics, c'est-à-dire qu'on ne pouvait y entrer qu'avec des billets. M. Atout connaissait heureusement l'ambassadeur du Congo, et obtint, par son entremise, l'entrée de la tribune diplomatique.
Milady Ennui, heureuse d'étaler son corset mécanique sur les premiers bancs, s'appuya à la galerie en lorgnant, tandis que M. Atout expliquait au couple étranger la politique de Sans-Pair.
«Celui que vous voyez vis-à-vis de vous, dit-il, occupé à examiner des colonnes de chiffres, a pris pour spécialité d'éplucher le budget; il passe ses journées à refaire les additions des comptables et à chercher des réductions. Il a proposé, à la dernière session, treize millions d'économies, sur lesquels la Chambre lui a accordé vingt et un francs trente centimes. Un peu plus loin se trouve un de nos confrères, qui s'est fait recevoir à l'Académie comme homme politique, et à la Chambre comme littérateur. Il refait tous les ans un discours contre les auteurs contemporains, qui ont le tort de ne lui avoir point laissé une place, et un second en faveur du ministère, qui lui en a accordé sept. A ses côtés siége le général Pataquès, connu par son éloquence mêlée d'oripeaux militaires, de cliquetis de sabres et de lazzis de chambrée. Le vieil homme qui se promène là-bas est le fameux Tacitus, espèce de Montesquieu en raccourci, qui a acquis la réputation d'excellent citoyen en s'abstenant, et de penseur profond en déchirant ses collègues. Derrière lui cause un ancien légiste, M. Format, qui regarde le gouvernement de l'État comme une affaire de procédure, et qui laisserait vendre la République, pourvu qu'elle fût vendue selon le code. Son interlocuteur, milord Grave, est un ancien ministre, qui a le premier introduit l'austérité dans la corruption. De l'autre côté se promène le docteur Traverse, qui parle pour le gouvernement populaire, dont il ne veut pas, afin de ramener la monarchie, que tout le monde repousse. Enfin, voici, au pied de la tribune, M. Omnivore, défenseur des intérêts positifs de la République, pourvu que ces intérêts soient les siens. Tous ces députés sont les chefs d'autant de partis, qui tâchent de s'entendre quand ils ne peuvent pas s'étrangler.
Le plus nombreux de tous est celui des équilibristes, composé des gens qui savent se maintenir sous tous les ministères, et dont l'opinion se résout en un bordereau d'appointements. On les appelle aussi conservateurs, vu l'ardeur qu'ils mettent à conserver leurs places, leurs fournitures et leurs pensions.
Ils ont pour adversaire le parti des aspirants, comprenant tous ceux qui ont été ministres ou qui comptent le devenir.
Entre eux flottent les indépendants, dont la politique ressemble à la marche d'un homme ivre, et qui, lorsqu'ils ont penché à gauche, se retournent brusquement à droite, uniquement pour prouver qu'ils ne suivent pas de chemin.
Enfin viennent une douzaine de factions, tantôt séparées, tantôt unies, espèce d'appoints parlementaires qui servent à déplacer les majorités, et grâce auxquelles la Chambre contredit aujourd'hui ses décisions d'hier.»
Ici, l'académicien fut interrompu par le son d'une trompette qui jouait l'air connu:
Du courage