Heureusement que, dans ce moment, le bras de Maurice l'enveloppa doucement; elle se laissa aller à demi sur la poitrine du jeune homme, et, en sentant son cœur battre largement et paisiblement sous le sien, la peur s'envola; le calme de celui qu'elle aimait se communiqua à tout son être; elle ferma les yeux souriante et enivrée.

M. Atout, persuadé qu'elle méditait ses raisonnements, admira les résultats de la statistique, et passa de la justification des différents véhicules nouvellement inventés à l'énumération de leurs avantages.

Il constata que, vu la rapidité moyenne de la locomotion, il ne fallait plus maintenant que deux heures pour aller chercher son sucre au Brésil, trois pour acheter son thé à Canton, quatre pour choisir son café à Moka. On voyageait même plus loin au besoin. Madame Atout avait son marchand de nouveautés à Bagdad, sa modiste à Tambouctou, et son fourreur au pôle nord, trois portes plus bas que le cercle arctique.

L'académicien démontra par des chiffres les immenses résultats sociaux de ces perfectionnements dans les voies de communication. Il prouva qu'en ajoutant à la vie des hommes de l'an trois mille toutes les heures gagnées par cette rapidité de transport, la durée moyenne de leur existence représentait cent vingt-cinq ans… plus une fraction! Ainsi avait été résolu le problème de franchir l'espace sans fatigues à subir, sans observations à faire, sans confidence à échanger. On se prenait sans se voir, on se quittait sans s'être parlé; chacun était indifférent à tout le monde, et tout le monde à chacun; voyager, enfin, n'était plus vivre en chemin ni en commun, mais partir et arriver!

Marthe avait d'abord écouté l'apologie de M. Atout; mais insensiblement elle devint moins attentive; ses paupières se fermèrent, et, bercée par l'haleine de celui qu'elle aimait, elle s'endormit! Les images confuses du passé flottèrent d'abord quelque temps autour de son esprit; puis un souvenir rayonnant effaça tous les autres, et sortit lentement de ce chaos, comme une étoile des nuées.

Marthe rêvait au voyage fait avec Maurice la veille même de leur long sommeil!

Elle croyait voir encore les dernières lueurs du jour illuminant les coteaux de Viroflai et la lisière des bois; elle apercevait l'épine fleurie qui brodait le vert pâle des haies; elle sentait le parfum des lilas, dont les touffes riantes couronnaient les murs des jardins; elle entendait, sur les chemins déjà cachés dans l'ombre, le bruit des clochettes cadencé par le trot des chevaux.

Près d'elle était Maurice, une main dans les siennes; près de Maurice un vieux cocher, au regard pensif; derrière, les autres voyageurs: paysan à la parole haute, jeune mère inquiète à chaque mouvement de ses enfants, vieux soldat silencieux!

La voiture roulait doucement sur la terre amollie; mais à chaque instant sa course devenait plus lente, et des exclamations d'impatience s'élevaient.

«Fouettez le cheval!» criaient-ils tous.