Du reste, l'agréable n'avait point fait négliger l'utile. Au milieu de la principale cour s'élevait une Bourse, où tous les élèves se réunissaient chaque matin. On y négociait sur les fruits de la saison, sur les lapins blancs et sur les plumes métalliques. Il y avait là, comme à la grande Bourse de Sans-Pair, des opérations habiles ou hasardeuses, des ruines et des opulences subites. On y jouait aussi à la baisse au moyen de fausses nouvelles, et à la hausse par des accaparements combinés, de sorte que les élèves se formaient dès l'enfance au mensonge légal et prenaient l'importante habitude de ne se fier à personne.
Ils s'exerçaient également à l'emploi de la presse périodique, en rédigeant quatre journaux d'opinions contraires, dans lesquels ils tâchaient de se calomnier et de se nuire, aussi bien que des hommes faits.
Après le collége de Sans-Pair venait le grand Athénée national, dont les cours étaient fréquentés par des auditeurs de tout sexe et de tout âge.
Le professeur de numismatique, que Maurice voulut entendre, faisait ce jour-là une leçon sur la cuisine du dix-neuvième siècle, tandis que le professeur d'économie politique traitait la question des antiquités mexicaines. Quant au professeur de philosophie, il se renfermait plus rigoureusement dans la matière de son cours, et ne s'occupait guère que d'injurier ses adversaires.
En ressortant, M. Atout montra à ses hôtes les Écoles de droit, de médecine, d'industrie, de beaux-arts, mais sans y entrer. Leur organisation différait peu de celle du grand collége, et l'examen des doctrines qui y étaient enseignées eût demandé trop de temps. Maurice devait d'ailleurs retrouver plus tard ces doctrines mises en pratique dans le monde par les commerçants, les artistes, les avocats et les docteurs.
Ils ne s'arrêtèrent donc que devant l'édifice construit pour les examens.
Chaque Faculté avait une salle tellement disposée que les candidats subissaient les épreuves sans l'intervention d'aucun examinateur. C'était une sorte de labyrinthe fermé de cent petites portes, sur chacune desquelles se trouvait inscrite une question du programme, avec une vingtaine de mauvaises réponses mêlées à la bonne. Si le candidat mettait le doigt sur celle-ci, la porte s'ouvrait d'elle-même, et il passait outre; sinon, il demeurait enfermé comme un rat pris au piége! Par ce moyen, toute erreur et toute injustice devenaient impossibles; l'examinateur avait atteint la perfection d'indifférence et d'impassibilité si longtemps poursuivie: ce n'était plus un homme avec ses ardeurs, ses inclinations, ses répugnances, mais une machine immuable comme la vérité. On ne choisissait pas les aspirants, on les blutait; ici la fleur de froment, là le son grossier. Les professeurs n'avaient désormais à s'occuper des examens que pour toucher le prix du travail qu'ils ne faisaient plus.
Comme ils franchissaient la dernière porte du quartier universitaire, M. Atout montra un second établissement, d'une étendue presque égale, et destiné à l'instruction des jeunes filles. L'organisation était à peu près la même que dans celui des garçons; mais les connaissances acquises y différaient essentiellement. La principale étude était celle de l'orgue expressif appliqué aux danses de caractère. Les élèves y consacraient sept heures par jour. Le reste du temps était employé aux leçons de minéralogie, d'architecture et d'anatomie. Il y avait, en outre, un cours d'orthographe une fois par semaine, et l'on cousait tous les mois.
Quant à la morale, elle était formulée dans un catéchisme qui devait servir de règle de conduite aux jeunes filles, et qu'on leur faisait apprendre par cœur. Il y avait un chapitre pour la toilette, un chapitre pour les bals et les visites, un chapitre pour le mariage.
Demande. Une femme doit-elle désirer le mariage?