Comme milady Ennui souffrait surtout de spasmes, on crut devoir appeler le docteur Hypertrophe.

Celui-ci expliqua d'abord que, la vie étant entretenue par le sang, et le sang mis en mouvement par le cœur, toute maladie avait nécessairement pour cause un défaut d'équilibre dans les fonctions de ce muscle creux et charnu. Il déclara donc, après avoir examiné la malade, que son malaise provenait d'un afflux pléthorique dans l'oreillette gauche, et lui ordonna un sirop antiphlogistique dont il était l'inventeur.

Mais à peine fut-il parti que les douleurs de la malade se déplacèrent; M. Atout fit aussitôt demander M. le docteur Jecur, spécialement connu pour ses travaux sur les viscères bilio-dispensateurs.

Après avoir examiné milady Ennui, il déclara que le siége de son mal était évidemment dans le foie, viscère glanduleux, destiné à séparer la bile du sang, et qui, étant le principe même de la vie, décidait nécessairement seul de la santé ou de la maladie. Mais ses prescriptions ne furent point plus heureuses que celles de son confrère, et, après son départ, la douleur gagna les membres.

L'académicien s'adressa cette fois au docteur Névretique, qui avait pour spécialité les maladies sans causes.

Il arriva d'un saut, en criant:

«Les nerfs! les nerfs! organe de la volonté… de la sensation… tout est là… il n'y a que les nerfs!»

Il tourna trois fois autour du lit de la malade, ordonna les bals et les spectacles, avec une infusion de feuilles d'oranger, puis repartit.

Cependant les suffocations de milady Ennui ne cessaient point, et M. Atout continuait à épuiser inutilement la science des spécialistes, lorsque Maurice se rappela l'espèce d'armure ouatée qui enveloppait milady; il lui fit transmettre timidement le conseil d'en sortir. Le résultat fut immédiat; madame Atout, rendue à la liberté de ses mouvements, se trouva subitement guérie. Sa maladie n'était qu'une suffocation; et, faute de s'être adressée au docteur des poumons, elle avait failli mourir étouffée.

Tout en donnant les soins nécessaires, l'académicien avait mandé un notaire et des témoins, afin de faire constater la maladie de madame Atout. Dès qu'elle fut guérie, il prit l'acte dressé par eux, et emmena Maurice aux bureaux de la Compagnie des Centenaires.