L'Observatoire de Sans-Pair était construit au milieu d'un vaste jardin, et sur une hauteur d'où sa vue embrassait l'horizon sans obstacle. C'était là que le grand astronome de Sans-Pair tenait le registre de l'état civil des corps célestes, constatant scrupuleusement leur âge, leurs alliances, leurs divorces et leurs morts. Mais, depuis ses dernières découvertes, la lune absorbait seule toute son attention. Il la cherchait le jour, il la contemplait la nuit, il en parlait éveillé et dans ses rêves! Jamais Endymion n'avait été si tendrement préoccupé de sa pâle amante.
M. Atout et ses hôtes le trouvèrent fixé à son immense télescope, dans une exaltation de joie inexprimable.
«Je les vois encore, disait-il à Blaguefort, qui se tenait debout derrière lui: ce sont les mêmes gens qu'hier!
—Qui donc? demanda l'académicien en s'approchant.
—Qui? répliqua Blaguefort ravi; pardieu! un couple d'amants lunaires que notre illustre ami observe depuis huit jours. Il a assisté à tous les préliminaires de la passion: signaux télégraphiques par les fenêtres, lettres échangées, murs franchis…
—Les voilà qui s'approchent, interrompit l'astronome. Oh! je distingue tout, sauf la figure de la femme, qui est voilée… C'est dans un grand jardin… avec un kiosque… et des allées de cocotiers… Les voilà qui vont s'asseoir sous un figuier.
—Ah! diable! l'arbre sous lequel notre première mère rencontra Satan! fit observer M. Atout.
—La femme a l'air d'être effrayée… reprit l'astronome, qui ne quittait point sa lunette… Elle regarde derrière elle…
—Est-ce qu'il y aurait des maris dans la lune? s'écria le commis voyageur. Pardieu! je comprends alors pourquoi elle affecte la forme symbolique du croissant.
—Attendez, interrompit M. de l'Empyrée, la femme se décide à s'asseoir…