Le capitaine s’entremit.

—Prétendrais-tu par hasard forcer une jeune fille à te répéter tout ce qu’elle peut demander aux liseurs de sort! dit-il gaiement à Ferret; ne sais-tu pas que les sorciers sont comme les prêtres? Pour eux, elles ouvrent leur cœur à deux vantaux, tandis que les amoureux ont tout au plus droit d’y regarder par le trou de la serrure.

—Quand on n’a rien à craindre, on n’a rien à cacher, dit le jeune homme avec une persistance mêlée de dureté; une honnête fille ne doit point avoir de secrets.

—Ce n’est pas alors comme les honnêtes gars! fit observer Guillemot ironiquement.

—Que Françoise répète ce qu’elle disait tout-à-l’heure à l’homme du Petit-Haule, reprit Ferret, qui feignit de ne pas entendre.

—Répète donc alors toi-même ce que tu disais, il y a un an, à la fille du clos Gallois, répliqua le sorcier avec intention.

Ferret tressaillit et se retourna vers Guillemot; mais ne pouvant supporter son regard, il baissa la tête en rougissant. Le souvenir qu’on venait de lui rappeler avait, sans doute, pour lui une signification particulière, car il demeura un instant comme partagé entre l’embarras et la surprise; une expression de colère, puis d’inquiétude, traversa ses traits; on eût dit que la peur de cette science mystérieuse, dont la révélation du sorcier semblait une confirmation nouvelle, contrebalançait chez lui la rancune: celle-ci parut pourtant l’emporter.

—Quand je parle à Françoise, dit-il, ce n’est point à l’homme du Petit-Haule de répondre.

—Chacun a droit de prendre la parole sous le toit qui lui appartient, répliqua froidement Guillemot.

—Alors nous causerons ailleurs, reprit vivement Etienne; venez, Françoise, le toit du ciel n’appartient à personne.