—Me voici, mère-grand.
—Les autres ne viennent-ils pas d’entrer? demanda la fileuse.
—Non, grand’mère, ce sont des voyageurs.
—J’ai senti leur air passer sur moi; dis-leur que Dieu les protége, Tona!
—Ils sont là et ils vous écoutent, mère-grand.
—Ah! tu as raison; il n’y a que moi qui ai les oreilles fermées! murmura la fileuse en soupirant.
Je regardai Toinette avec surprise.
—Mais elle entend! m’écriai-je.
—Quand je lui parle, répondit l’enfant; aucune autre voix ne peut lui arriver, c’est un don que Dieu m’a fait comme à sa filleule!
Je souris de cette croyance naïve. Le don, ainsi que l’appelait Toinette, avait en effet, une origine immortelle, car il lui venait de sa pieuse tendresse. Cette tendresse seule avait pu lui apprendre à approcher ses lèvres de la joue de l’aïeule, en ralentissant les modulations de la voix, afin que le souffle pût, en quelque sorte, y écrire les paroles prononcées[8]; le miracle lui venait du cœur.