—Vous l’avez aperçu? demanda mon compagnon.
—Oh! non, dit la fillette, grand’mère nous a avertis que, si on cherchait à le regarder, il s’enfuyait, et que sa vue pouvait faire mourir; mais on l’entend balayer, cirer les tables ou tirer l’eau du puits.
—Faut pas mettre Guillaumet en colère! reprit la fileuse qui n’avait rien entendu de ce qu’on venait de dire et qui continuait sa pensée; les lutins ne sont pas chrétiens, vois-tu, fioule, et ils n’ont pas appris à pardonner.
—La grand’mère en aurait-elle fait l’épreuve? demandai-je, curieux de provoquer les confidences de la vieille femme.
Toinette transmit la question.
—Pas moi, pas moi, répondit-elle; quand Guillaumet était de méchante humeur, qu’il semait les cendres sur les planchers ou jetait des pailles dans le lait, je ne disais mot, et il reprenait son bon caractère. Ah! ah! ah! avec les farfadets c’est comme avec les maris, il faut laisser passer le nuage; l’ondée finie, ils sont pris de honte, et pour racheter chaque goutte de pluie, ils vous envoient trois rayons de soleil.
Ces derniers mots me prouvaient que l’âge n’avait point effacé du souvenir de la grand’mère les traditions du pays, et qu’en l’interrogeant, je pourrais beaucoup apprendre. Déjà, plusieurs fois, j’avais fouillé avec fruit dans ces mémoires à demi-éteintes, comme dans de vieilles éditions lacérées par le temps; mais je ne pouvais lui adresser de questions que par l’entremise de sa petite-fille, et celle-ci venait de nous quitter, attirée par les cris du nouveau-né, qui occupait avec sa mère une chambre dont nous n’étions séparés que par une petite cour. Je la vis bientôt revenir avec des langes qu’elle suspendit au foyer. La fileuse lui demanda des nouvelles de l’accouchée.
—La mère va bien, dit Toinette; mais elle donnerait une année de sa vie pour une heure de dormir, et le petit frère crie comme un aigle.
—Apporte-le, dit la vieille femme, je l’accâlinerai dans mon giron.
—C’est inutile pour l’heure, mère-grand, dit la fillette; il a pris le somme.