Mais l’enfant n’avait point encore eu le temps de faire cet apprentissage; aussi ses cris devinrent-ils plus perçants. La grand-mère sembla prêter l’oreille. Soit que la voix frêle et claire du nouveau-né pénétrât plus facilement la sourde muraille qui l’enveloppait, soit qu’il y ait dans les femmes qui ont été mères un sens caché, que l’âge ni l’infirmité ne peuvent émousser, elle se redressa en s’écriant:

—L’enfant appelle!

—J’y vais, grand’mère, dit Toinette en achevant précipitamment les derniers apprêts.

—L’enfant est seul! répéta la fileuse d’un accent inquiet; sur votre salut, Tona, prenez garde qu’il ne soit mal doué par votre faute!

La jeune fille, effrayée du ton de la grand’mère, saisit une lumière, ouvrit la porte et traversa rapidement la petite cour. Je la suivis du regard au milieu de l’obscurité, et je la vis entrer dans une pièce du rez-de-chaussée, dont les fenêtres s’éclairèrent; mais, presqu’au même instant, un grand cri se fit entendre, et elle reparut sur le seuil, les traits bouleversés, les bras étendus et semblant reculer devant une vision.

Nous nous levâmes tous trois d’un même mouvement, et nous courûmes à la porte en demandant ce qu’il y avait.

—Elle est là, dans la chambre jaune! bégaya Toinette.

—L’accouchée? demandai-je.

—Non, non, la fade!

Et, comme nous faisions un pas pour y courir, Toinette nous arrêta d’un geste et fit signe de se taire. Un chant de berceuse venait de s’élever au milieu de la nuit. Ce n’était pas une mélodie précise, mais plutôt quelques-unes de ces modulations caressantes que les femmes improvisent pour leurs divagations maternelles. Il me sembla distinguer des mots d’une langue étrangère: