Te la bejas bera hillo,
Te la bejas bera nobio[9].

Mon compagnon tressaillit comme s’il eût reconnu ces paroles; mais Toinette lui saisit le bras:

—Regardez! murmura-t-elle d’une voix étouffée.

Sa main nous désignait la fenêtre éclairée; derrière le vitrage, une femme venait d’apparaître tenant dans ses bras le nouveau-né qu’elle berçait en chantant. Ses longs cheveux noirs tombaient sur ses épaules; elle avait les bras nus, et portait une espèce de basquine brillante de paillettes et de broderies. D’abord noyée dans la pénombre, la vision s’approcha bientôt de la croisée, où sa silhouette se détacha nettement encadrée dans la baie lumineuse. Le Provençal poussa une exclamation:

—Eh! Dieu me damne, c’est elle! s’écria-t-il.

—Qui cela? demandai-je.

—Ma Dugazon Languedocienne de Beaumont.

—Que dites-vous? Sous ce costume?

—Ne vous ai-je pas raconté qu’ils étaient tous partis hier soir sans avoir le temps de changer d’habits? La petite est encore une princesse de Sicile.

—Alors toute la troupe est donc ici? m’écriai-je.