—Il est allé chercher le prêtre, répliqua la femme très bas.

Je m’approchai à mon tour pour demander s’il ne ramènerait pas un médecin. La maraichaine secoua la tête.

—Il n’y a que faire de guérisseurs, dit-elle d’une voix brève, mon moment est venu!

—Laissez donc! c’est ce qu’on dit à chaque mauvais mal, fit observer Nivôse Bérard; mais l’espérance, ma bonne amie, c’est comme la poulette de rivière, ça ne va au fond que pour revenir sur l’eau.

Elle le regarda d’un air fiévreux.

—J’ai eu un avertissement! murmura-t-elle; j’ai vu la niole (nacelle) blanche!

Ce mot produisit une impression visible sur Fait-Tout, et sur le maraîchain, qui nous accompagnait.

—L’avez-vous bien reconnue? demanda celui-ci.

—Oui, oui, reprit la malade d’un accent entrecoupé, il y a de ça trois jours; mes pieds pouvaient encore marcher. Je revenais de couper des fraîches pour la rougette, quand là-bas, près des trois mottées, j’ai vu sortir du petit contre-brooth, la niole d’angoisse recouverte de son drap mortuaire. Le tousseux jaune[26] était à l’arrière. Quand il a passé, j’ai entendu son râle; un mauvais souffle est arrivé jusqu’à moi, et je suis tombée. L’homme m’a trouvée à terre, il m’a portée à la hutte, d’où je ne sortirai plus que dans ma bière.

Mes deux compagnons se regardaient sans répondre; j’essayai de persuader la maraichaine qu’elle avait été trompée par quelque illusion de mirage ou par les visions de la fièvre; mais, retombée sur son traversin de mousse, elle ne paraissait plus m’entendre. Nous retournâmes à la barque et nous nous remîmes en route.