—C'est-il, comme ton bon ami Antoine, pour quelque affaire de maraude? demanda-t-elle.

—Sur ma conscience, non! dit Bruno d'un accent de sincérité; je ne vais que pour dire un bonjour à ceux de la Magdeleine et pour leur faire goûter mon sucre d'avettes.

—Ah! ah! je comprends, reprit Michelle avec un rire trop éclatant pour ne pas être forcé, c'est un cadeau que tu apportes à la Louison.

—A elle...... et aux autres! répliqua le jeune paysan un peu embarrassé.

—Alors pourquoi ne nous en as-tu pas offert?

—Pardon, dit Bruno, qui dégagea de son épaule le petit baril qu'il découvrit en l'avançant à portée de la jeune fille; vous pouvez en manger à votre appétit.

Michelle l'écarta de la main.

—Non, non, reprit-elle, il n'y en a point trop pour la trouvée! Prends garde seulement que le sucre de chêne ne lui tourne dans le sang, ses roussures pourraient grandir, et son visage prendre la couleur d'un coin de beurre de Nozay.

Elle accompagna cette plaisanterie rustique d'un nouvel éclat de rire; le chercheur de miel secoua la tête.

—Vous êtes méchante, la Michelle, dit-il d'un ton fâché; ceux qui ont bon cœur ne raillent pas les misères que Dieu nous a faites. Si la Louison n'est ni belle, ni de grand courage, elle n'a pas moins ses mérites.