—Et il y a des gens baptisés qui peuvent croire à de pareils contes? demanda Moser scandalisé.

Un murmure s'éleva parmi les boisiers.

—Les gens baptisés croient ce qui frappe leurs oreilles, fit observer un vieillard; tous ceux qui sont ici ont ouï la trompe de l'avertisseur de tristesse, et vos gens eux-mêmes peuvent en rendre témoignage.

Les gardes avouèrent, avec un peu d'hésitation, que c'était la vérité.

—Ainsi, vous avez entendu le cor dans la forêt sans chercher les chasseurs? demanda l'Alsacien.

—Par la raison qu'ils seraient allés au-devant de la mort, reprit le boisier qui avait déjà parlé: la venue du mau-piqueur est toujours un méchant signe; mais quiconque rencontre la chasse n'a qu'à faire préparer sa bière, car ses heures sont comptées.

—Eh bien! j'en courrai la chance, dit Moser, et que le diable me brûle si je ne force pas vos damnés à me montrer leurs ports-d'armes!

Tous les assistants se récrièrent; le vieillard secoua la tête.

—Il ne faut pas jouer avec les morts, dit-il, Dieu a fait les parts; il a donné le jour aux hommes, et la nuit aux mauvais esprits. C'est d'un cœur trop fier d'aller contre sa volonté, et, si vous avez un bon patron dans le ciel, il vous épargnera cette épreuve.

—J'attends au contraire qu'il me l'accorde, dit Moser. Depuis quinze ans que je marche sous le couvert, je n'y ai trouvé que des braconniers de ce monde-ci: j'aurais plaisir à en rencontrer quelques-uns de l'autre; mais vous verrez que la chasse aura été remise, et que le diable nous trouvera trop à jeun et trop éveillés pour faire retentir la trompe du mau-piqueur.