Nul ne répondit, il y eut une pause. La hutte était enveloppée de ce grand silence de la solitude, à peine entrecoupé par le bruit du vent et la rumeur des eaux. Tout à coup un son de cor s'éleva, grandit, courut le long des ravines, et vint éclater à la porte de la cabane. L'effet fut terrible et soudain. Hommes et femmes se levèrent d'un seul mouvement. Moser me regarda avec surprise; il y eut un court silence, puis l'appel de la trompe se répéta plus vif et plus rapproché.
—C'est lui! c'est lui! murmurèrent toutes les voix.
Le forestier s'était levé.
—Il est clair que quelqu'un s'amuse à nos dépens, dit-il, avec une impatience irritée; reste à savoir qui rira le dernier.
Et se tournant vers ses deux compagnons:
—En route! ajouta-t-il; le mau-piqueur me semble un peu enroué, nous allons tâcher de lui éclaircir la voix.
Les gardes, qui s'étaient levés, se regardaient d'un air inquiet, et le son du cor continuait à retentir avec une force toujours croissante; tous les boisiers s'étaient rassemblés autour de la cheminée, où ils parlaient à voix basse. Moser attendait près de la porte en examinant la batterie de son fusil. Enfin ses compagnons le rejoignirent, mais d'un air qui trahissait leur trouble. L'Alsacien leur demanda s'ils avaient peur.
—On peut craindre sans honte ce qu'on ne comprend pas, dit le plus âgé avec humeur, et, pour mon compte, je me demande ce que nous allons faire à cette heure dans la forêt.
—Votre devoir! répliqua Moser durement; savez-vous ce que cache cette mauvaise plaisanterie dont on veut nous effrayer? êtes-vous sûrs qu'elle ne serve point à quelque maraudeur pour ravager les ventes? Le bois nous est confié, nous devons le surveiller comme notre enfant. Voulez-vous donc qu'on vous prenne pour des lâches? Allons, en avant, vous dis-je, et veillez à vos fusils.
Les gardes ne dirent mot, et nous prîmes notre chemin vers la futaie.