—Laissez-moi vous suivre au moins, vieil Antoine, reprit vivement Louison; peut-être qu'ils me permettront de demeurer avec vous, et, si c'est défendu, je pourrai rester à la porte de votre prison, je chanterai pour vous avertir que je suis là; j'irai prier les juges qu'ils vous laissent partir.
—Pauvre innocente! interrompit Bon-Affût, qu'est-ce qu'on dirait ici, et comment vivrais-tu là-bas?
—Ici on dirait que je vous sers comme mon vrai père, répliqua la pastoure, vous savez qu'on le dit déjà, et, pour vivre là-bas, je travaillerais, ou, s'il n'y a pas d'ouvrage pour moi, eh bien! je m'asseoirais au coin de la prison, et quand il passerait de bonnes âmes, elles verraient que j'ai faim et elles me secourraient pour l'amour du Christ!
Un sourire attendri passa sur le visage du braconnier; il regarda avec complaisance la petite paysanne, dont le charmant visage était tourné vers lui.
—Tu as bon cœur, la Louison, dit-il, mais il faut que tu restes à la Magdeleine; je le veux. Il n'est pas bon que les jeunes filles soient par les chemins, demandant secours à ceux qui passent. S'il y en a qui donnent au nom du Christ, comme tu dis, il y en a aussi qui veulent prendre au nom du diable. Demeure ici; Bruno reviendra avant qu'il soit longtemps, et moi plus tard.
La pastoure voulut insister.
—C'est dit, entends-tu bien? ajouta le braconnier d'un ton impérieux.
Louison joignit les mains et baissa la tête.
—On fera selon votre désir, dit-elle avec une résignation presque craintive.
Il y eut un assez long silence; Bruno l'interrompit en annonçant à demi-voix qu'on allait partir. Les gardes venaient, en effet, de placer Moser dans la charrette et reprenaient leurs fusils. La pastoure se jeta au cou de Bon-Affût en sanglottant. Le courage de celui-ci parut fléchir: il devint très pâle, tout son corps tremblait, et il fut obligé de s'asseoir; mais ce ne fut que l'émotion d'un instant. Il se releva presque aussitôt.