—Allons, Dieu vous gardera, pauvre fille, dit-il en retenant avec peine ses sanglots, ne pleurez pas, vous donneriez occasion de parler aux mauvaises gens... Embrassez-la, Bruno..... et maintenant en voilà assez. Du courage, mes enfants, nous reviendrons quand il plaira à Dieu!

Puis, comme s'il se ravisait:

—Encore un mot, la Louison, ajouta-t-il plus bas; vous savez où est la Mare-aux-Aspics, vous connaissez le trou de la verdaude; j'ai caché au fond sept pièces de six livres, qui sont toutes mes économies: je voulais en avoir dix pour le jour où Bruno et vous seriez revenus ensemble de l'église. Tant que j'aurai chance de compléter la somme, n'y touchez pas; mais, si on vous dit que je n'ai plus besoin que de prières, alors prenez l'héritage; la verdaude vous connaît comme moi, et vous laissera faire.

A ces mots, il embrassa de nouveau la jeune paysanne, dont les sanglots redoublaient malgré elle.

Je me décidai à intervenir.

—Rassurez-vous, ma bonne créature, lui dis-je en breton, vos deux amis reviendront bientôt.

—Monsieur parle blohik[17]! s'écria le braconnier; alors il a tout entendu!....

[17] Dialecte breton de l'évêché de Vannes.

—Mais il n'abusera de rien, ajoutai-je rapidement, car il part aussi tout à l'heure et vous rejoindra demain à Savenay, où il espère bien que sa déposition vous justifiera complétement.

—Que Dieu vous en récompense! répondirent en même temps Bruno et la pastoure.