Elle n'avait point achevé qu'un coup brusque ébranla la porte, et qu'une voix rude se fit entendre au dehors.
—Y a-t-il place pour les pauvres dans cette maison? demanda-t-elle.
—Anaïk Timor! s'écrièrent toutes les femmes.
—Anaïk! répéta Dinah, en rapprochant son enfant de son sein par un mouvement involontaire.
—Qu'est-ce donc? demandai-je.
—Une mendiante qui voit clair dans l'avenir, et qui jette des sorts, ajouta la maîtresse de la cabane.
—Y a-t-il place pour les pauvres dans cette maison? répéta la voix d'un accent d'impatience.
—Laissez-la entrer, ou elle nous fera arriver malheur, fit observer Dinah.
Une fileuse alla ouvrir la porte, et Anaïk Timor parut.
C'était une vieille femme, de petite taille, et dont les vêtements en lambeaux laissaient voir en partie les membres maigres. Elle portait sur l'épaule un bissac de toile rousse d'où sortait le goulot d'une bouteille, et tenait de l'autre main un bâton d'épines durci au feu. La neige, qui s'était arrêtée dans les déchirures de ses vêtements souillés, semblait en tacheter la couleur sombre, et quelques mèches de cheveux gris, hérissés par le givre, pendaient en glaçons le long de ses joues creusées. Son œil gris avait cette expression âpre et pourtant flottante que donne la folie ou l'ivresse.