Je fus frappé de l'accent triste, passionné et profond avec lequel ces mots avaient été prononcés, et je me tournai vers Dinah pour la regarder. C'était une femme de vingt-quatre ans au plus, dont la beauté avait quelque chose de mâle et de doux à la fois. La taille droite, le front haut, ses pieds nus hardiment appuyés sur la pierre de l'âtre, elle soutenait d'un bras l'enfant qui s'était endormi sur son sein, tandis que son autre main retombait immobile. Il y avait dans les lignes souples mais fièrement dessinées de son visage, dans ses lèvres entr'ouvertes, dans ses yeux noirs, toujours prêts à se baisser, je ne sais quelle fierté effarouchée que tempérait pourtant visiblement une bienveillance caressante.
Au bout d'un instant, elle s'aperçut que je l'observais et détourna la tête avec embarras. Mais pendant l'examen auquel je m'étais livré, la conversation avait continué entre les fileuses, et chacune d'elles parlait de ce qu'elle devait faire quand le Saint-Pierre serait de retour.
—J'irai à la ville et je mangerai une fois du pain de froment à ma faim, disait l'une.
—Mon frère m'a promis une bague d'argent de trente blancs, ajoutait une autre.
—Moi, j'achèterai une messe pour l'âme de ma mère.
—Moi, j'irai au pardon de Sainte-Anne.
—Et vous, Dinah? demandai-je à la paysanne, que ferez-vous quand Joan sera de retour?
—Je mettrai son enfant dans ses bras et je resterai avec eux, me répondit-elle en rougissant.
Dans ce moment, la vache noire qui se trouvait au fond de la cabane, avança la tête par-dessus la claie qui nous séparait d'elle et fit entendre un meuglement.
—Il y a quelqu'un près du seuil, dit la maîtresse de la maison.