Pendant toute cette scène, Anaïk Timor était seule restée impassible. En rentrant, je la trouvai debout promenant sur les femmes qui l'entouraient un regard triomphant: ce regard s'arrêta tout-à-coup sur moi.
—Ah! ah! j'étais folle, s'écria-t-elle; on disait tout-à-l'heure à la vieille Timor qu'elle avait menti!
—Et elle n'a point prouvé le contraire, repris-je, en cherchant à cacher mon trouble.
—Le gentilhomme n'a-t-il donc pas entendu les voix?
—J'ai entendu des pèlerins ou des voyageurs qui passaient en chantant un cantique.
Elle me regarda d'un œil farouche et secoua la tête.
—Bien, dit-elle, on parle ainsi à la ville, à la ville on ne croit pas aux âmes; ils regardent leurs morts comme des chiens qui pourrissent tout entiers dans le trou de terre où on les a mis.—Bien, bien, Dieu apprendra aux païens ce qu'il sait faire.... Le gentilhomme peut dire que ceux qui viennent de passer là n'étaient pas les noyés du Saint-Pierre.
—Et le gentilhomme aura raison, interrompit une voix grave.
Je me retournai; un prêtre venait d'entrer et se tenait debout sur le seuil.
Toutes les femmes se levèrent en criant: