—Eh bien! quand vous l’entendrez, je serai là. Voici quelqu’un, adieu!
Il prit la main de la jeune fille, la porta à son cœur, et à ses lèvres, puis, faisant un effort, il s’échappa précipitamment.
Honorine n’avait point encore eu le temps de se remettre, lorsque la femme de chambre vint la prévenir que la comtesse l’attendait.
Elle s’efforça de reprendre une apparence calme, et alla rejoindre cette dernière qui se trouvait au jardin avec M. le marquis de Chanteaux, le docteur Darcy et Marcel de Gausson.
La comtesse quitta vivement la compagnie en apercevant sa nièce, et s’avança vers elle les deux mains tendues.
—Eh! venez donc, chère petite, s’écria-t-elle de cette voix chantante et mignarde, adoptée par les femmes du monde lorsqu’elles veulent se montrer caressantes; nous étions tout tristes de ne pas vous voir. Je craignais que vous ne fussiez souffrante...
—Et madame la comtesse avait droit de s’inquiéter, ajouta le duc, d’un ton de galanterie surannée, car l’aurore montre habituellement plus matin son frais visage!...
—Celui de mademoiselle est fatigué, fit observer le docteur, dont l’œil était habitué à étudier la moindre altération des traits.
—Ah! mon Dieu! c’est sans doute le voyage! reprit madame de Luxeuil; j’ai eu tort de vous faire appeler, chère belle; vous avez besoin de repos; nous allons rentrer, si vous le désirez...
Honorine assura sa tante qu’elle se trouvait bien, et la supplia de ne rien déranger pour elle; mais celle-ci insista en l’interrogeant minutieusement sur la manière dont elle avait passé la nuit, et sur ce qui pouvait lui être agréable ou salutaire.