—Par exemple! s’écria madame de Luxeuil, en éclatant de rire, vous vantiez tout à l’heure l’excellence de son éducation.

—Parce que je ne savais pas qui l’avait faite, répliqua M. Darcy, un peu déconcerté, vous concevez que quand on n’est pas averti, on peut confondre les dons naturels avec les dons acquis!

La comtesse sourit sans répondre. La monomanie du docteur était tellement connue qu’on n’y prenait plus garde, et ses déclamations contre le catholicisme produisaient l’effet de ces tics nerveux qui font grimacer certains visages, mais que l’habitude empêche de remarquer. Le marquis vint d’ailleurs s’entremettre; il réussit à passer adroitement, par une transition mythologique, du couvent à l’Opéra, et la discussion se transforma aussitôt en une de ces divagations sans suite, et brodées de scandale, que les gens du monde appellent une conversation.

Mais un entretien plus intime et plus important venait de s’engager, à quelques pas de là, entre Honorine et M. de Gausson.

X.
L’agneau blanc.

Obéissant à l’invitation de madame de Luxeuil, Marcel avait d’abord indiqué à Honorine les fleurs les plus rares, en joignant quelques explications; mais il s’aperçut bientôt, que, tout en lui prêtant une attention polie, la jeune fille cueillait de préférence les fleurs les moins précieuses et les mieux connues. Il lui en fit la remarque avec un sourire.

—C’est que celles-ci sont de vieilles amies, répondit Honorine en souriant à son tour; je les connais depuis mon enfance, et elles ont pour elles le souvenir, tandis que les autres n’ont que leur beauté.

—Alors je me tais, reprit de Gausson; je me reprocherais de porter la plus légère atteinte à cette fidélité d’affection; mais puisque vous cherchez des souvenirs, en passant de l’autre côté de cette charmille, vous trouverez une tonnelle de clématite et de rosiers du Bengale pareille à celle du Sacré-Cœur.

—Comment savez-vous cela? demanda Honorine étonnée.

—Autant qu’il m’en souvient, reprit Marcel, on la trouvait à droite du grand préau à quelques pas d’une corbeille d’hortensias...