—Demain, non, j’ai promis de me trouver à la course de lord Durfort, mais si vous pouviez, aujourd’hui, me conduire à l’hôtel...
—Volontiers. Jusqu’à l’heure de la Bourse je suis libre...—Mais, voyez donc, voilà de Cillart qui a remis cette pauvre madame des Brotteaux au galop. Pardieu! je serais curieux de voir la figure de la victime.
—C’est facile; rejoignons-la.
Les deux cavaliers partirent suivis du docteur, et gagnèrent la tête de la cavalcade, de sorte que de Gausson et Honorine se trouvèrent, à leur tour, seuls en arrière.
Sans que le jeune homme et la jeune fille y eussent pris garde, la calèche les avait un peu devancés, et ils marchaient de front, au petit pas de leurs chevaux, continuant une de ces conversations charmantes qui sont, à la fois, des rêveries et des épanchements. C’était avec Marcel seulement qu’Honorine trouvait l’occasion de ces échanges de sentiments et de pensées qui laissent après eux un souvenir; car lui seul avait la sérénité tendre qui intéresse l’âme en l’élevant. Aussi, quelque brillant que fût l’esprit de la plupart des habitués de la comtesse, la jeune fille leur préférait la gravité de Marcel; les autres ne savaient que causer, tandis que lui, il parlait!
Cependant, depuis quelque temps, sa parole semblait moins calme et moins libre. Souvent, au milieu même de ses élans les plus expansifs, un nuage passait sur son front, et il tombait dans une tristesse silencieuse et embarrassée. Honorine, inquiète, avait alors recours à tous les moyens pour l’y arracher. Faisant appel à cette espèce de fraternité proposée par de Gausson, elle le pressait de questions, elle se montrait tour à tour mécontente, affligée; elle lui reprochait de manquer de confiance! Le jeune homme se débattait avec effort contre les témoignages de cette amitié, mais sa résistance même l’exaltait chaque jour davantage.
Ainsi tous deux se trouvaient, avec des dispositions différentes, sur cette pente glissante qui conduit à l’amour, et, tandis que de Gausson résistait, malgré lui et avec peine, Honorine, ignorante du danger, l’entraînait à sa suite sans s’en apercevoir.
La promenade qu’ils venaient de faire les avait tenus séparés jusqu’au moment où ils demeurèrent tous deux isolés, derrière la calèche de madame de Luxeuil. Cependant, la conversation engagée parut d’abord étrangère à ce qui faisait le sujet ordinaire de leurs querelles. Animée par la course et heureuse de la présence de Marcel, la jeune fille admirait naïvement tout ce qui frappait son oreille ou ses yeux.
—Oui, disait-elle avec un joyeux abandon, j’aime le bruit et le mouvement qui annoncent l’approche de Paris. Ces chariots qui se pressent, ces passants qui courent, ces ouvriers qui s’appellent, tout m’intéresse et m’occupe; il me semble qu’ici les hommes vivent plus qu’ailleurs.
—Je suis comme vous, dit Marcel, mais cette vue, au lien de me réjouir, m’attriste toujours.